La Turquie condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir détenu des journalistes d’opposition

nov 12, 2020

La CEDH a condamné la Turquie pour avoir placé dix journalistes du journal d’opposition « Cumhuriyet », en détention provisoire, à la suite du coup d’Etat avorté en 2016.

L’affaire était devenue le symbole des atteintes à la liberté de la presse sous Recep Tayyip Erdogan. Dans un arrêt, rendu mardi 10 novembre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la Turquie pour avoir placé, en 2016, dix journalistes du journal d’opposition Cumhuriyet en détention provisoire.

Ces derniers étaient accusés par Ankara de faire la « propagande » d’organisations qualifiées de « terroristes » par le régime turc, comme le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le réseau du prédicateur Fethullah Gülen.

« La détention provisoire imposée aux requérants dans le cadre d’une procédure pénale engagée contre eux (…) constitue une ingérence dans l’exercice de leur droit à la liberté d’expression », a ainsi conclu la Cour qui siège à Strasbourg. Placé en détention provisoire en novembre 2016, un des requérants n’est sorti qu’en avril 2018.

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Inarcérés sur « de simples soupçons »

Leur interpellation et leur placement en détention provisoire, quelques mois après le putsch manqué de juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan, avaient eu lieu en raison de « la ligne éditoriale suivie par le quotidien Cumhuriyet, dans ses articles et dans les médias sociaux, critiquant certaines politiques gouvernementales », rappelle la cour dans un communiqué.

Pour justifier leur détention, la justice turque avait alors estimé « qu’il existait de forts soupçons selon lesquels les intéressés étaient responsables des activités permanentes du quotidien Cumhuriyet consistant à faire la publicité et la propagande d’organisations terroristes », poursuit la CEDH.

Ils étaient notamment accusés de faire de la propagande pour le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou le FETÖ, acronyme désignant le réseau du prédicateur Fethullah Gülen accusé par Ankara d’avoir fomenté le coup d’Etat avorté de 2016.

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Leur interpellation et leur maintien en détention provisoire « reposaient sur de simples soupçons et non pas sur des raisons plausibles », relève la juridiction européenne. Elle relève que « les interventions dont les requérants ont été tenus pénalement responsables relevaient de débats publics sur des faits et événements déjà connus » et ne contenaient « aucun soutien ni promotion de l’usage de la violence dans le domaine politique ».

Elles ne comportaient aucun « indice au sujet d’une éventuelle volonté des requérants de contribuer aux objectifs illégaux d’organisations terroristes, à savoir recourir à la violence et à la terreur à des fins politiques », épingle encore la CEDH.

La Turquie devra verser 16 000 euros pour dommage moral à chacun des journalistes. Le pays occupe la 157e place sur 180 au classement 2019 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Le Monde