TCHAD : Une loi contre l’apologie du terrorisme dans les médias fait réagir les professionnels

publié le 6 janvier 2019

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Au Tchad, la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel (Hama), s’appuie sur la nouvelle loi adoptée par le parlement pour réguler la presse écrite et les média en ligne pour mettre en garde les médias qui donnent la parole aux responsables de la rébellion dans le nord du pays.
Dans une mise au point, l’organe de régulation des médias dit avoir constaté des propos déplacés ou des contenus copiés sur des sites à caractère subversif portant sur une possible guerre dans le nord du Tchad sans en apporter des preuves.
Des informations tendant à faire l’apologie du terrorisme ou d’autres groupes qui cherchent à s’attaquer à l’intégrité du territoire ainsi que la cohésion sociale sont punies par l’article 90 de l’ordonnance.
Pour le vice-président de la Hama, Ali Djibrine, "ce ne sont pas seulement les médias en ligne qui sont visés mais tous les média et quand vous parlez d’une information, il faut la vérifier donc c’est une manière de protéger les journalistes par rapport à la loi qui est très dure".
Les journalistes qualifient cette ordonnance de "liberticide" avant même son adoption. Pour Ali Djibrine, cette mesure vise plutôt à assainir le climat médiatique au Tchad.
Oumar Yaya Hissein, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, explique qu’il n’est pas question de donner la parole aux rebelles.
"Dès lors qu’on est illégal, on ne peut pas être une source fiable", a-t-il déclaré. "S’il y a une opposition qui a son autorisation de fonctionner, c’est une source fiable. Mais quand vous chercher les hors-la-loi pour les opposer à un gouvernement, je crois qu’à ce niveau, il y a quelque chose qui cloche. Un civil qui prend une arme contre le gouvernement, pour nous est un hors-la-loi et il faut le traiter comme tel".
Pour le directeur de publication du journal Le Pays et gestionnaire d’un média en ligne, Madjiasra Nako, la HAMA "aurait pu gagner à exhorter le gouvernement - qui depuis le début dit que rien ne se passe à Miski - à organiser un voyage de presse pour que les journalistes disent ’Je suis allé à Miski, j’ai vu et rien ne se passe’."
"Mais passer son temps à mettre en garde une profession de journaliste ce n’est pas une bonne option", soutient-il.
Le vice-président de l’Odemet, l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique des média au Tchad (un tribunal des pairs des journalistes de la presse écrite et de l’audiovisuel), Célestin Topona, estime que l’exécutif doit s’en prendre à lui-même puisqu’il n’a pas assez communiqué sur la situation dans le nord du Tchad.
"La situation sécuritaire dans le nord du pays interpelle tous les Tchadiens et les journalistes sont des acteurs essentiels pour véhiculer l’information globale du pays", rappelle-t-il.
"Mais l’Odemet a constaté qu’il n’y a pas une communication institutionnelle sur cette question-là", explique-t-il. "Je pense que les autorités, en voulant appliquer les textes, puissent donner la vraie information pour que l’opinion tchadienne en soit informée par le canal des différents médias".
Un autre projet de loi sur la régulation de la presse audiovisuelle est en ce moment sur la table de l’Assemblée nationale. Le projet inquiète dans les milieux professionnels des journalistes.

André Kodmadjingar

Source : VOA Afrique

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