La chronique de Pierre Ganz : On apprend le décès de .....

publié le 4 avril 2018

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Décès de personnalités ou d’inconnus, la mort fait normalement partie de la vie du public auquel s’adresse les journalistes. Mais on n’évoque pas la mort sans un équilibre entre l’information que le journaliste doit au public et le respect de sa sensibilité, et de la dignité des personnes concernées.

Il faut d’abord prendre en compte l’intérêt pour le public d’être informé d’un décès. Certains doivent rester dans la sphère privée. D’autres sont des événements qui marquent la vie d’une communauté, par leurs circonstances, ou par la personnalité et la notoriété du disparu.

Jamais un décès ne doit être annoncé dans un média sans que sa rédaction se soit assurée que les proches du défunt étaient au courant. C’est-à-dire au moins la famille immédiate - parents, conjoint, enfants. Cette vérification peut se faire via toute personne susceptible d’informer de vive voix ces très proches, comme les personnels de santé, les autorités de police, les élus locaux, l’entourage professionnel ... Ce respect d’une information des membres immédiats de la famille par des voies privées est la seule raison de taire - un temps - une disparition considérée comme un fait d’intérêt public. L’Independant Standard Press Organisation britannique pose même comme principe, dans une directive sur le sujet publiée en 2017, que "les journalistes ont le droit fondamental de signaler le décès d’une personne, même si les membres survivants de la famille préfèrent qu’il n’ y ait pas de reportage et considèrent le décès comme privé."

Il est indispensable de recouper à plusieurs sources l’information concernant un décès. On se souvient qu’en France l’AFP avait à tort annoncé la mort d’un grand patron faute d’avoir contacté ses proches ou son entreprise. L’épisode est à méditer dans toutes les rédactions. Il vaut mieux ne pas être le premier à annoncer un décès plutôt que "d’enterrer" quelqu’un de bien vivant. Ce genre d’erreur entache pour longtemps la réputation d’un journaliste ou d’un média.

La couverture d’une cérémonie en mémoire d’un disparu, publique par nature, est légitime. Il faut veiller cependant à n’en troubler ni le recueillement ni la solennité. Et éviter de donner en spectacle par des photos ou des vidéos des personnes en état de grande détresse. Les obsèques privées doivent le rester : si sa présence n’y est pas acceptée, si la famille demande la "plus stricte intimité", un journaliste, par discrétion et par respect du deuil, n’a pas à s’y imposer.

Lors des contacts avec les personnes endeuillées, les journalistes doivent faire preuve d’humanité et de sensibilité. Non seulement dans les heures et les jours qui suivent le décès, mais au-delà tant le deuil peut être long. Poser des questions sur la vie du défunt pour une notice nécrologique ou sur les circonstances d’une mort pour les besoins d’une enquête est justifié. La réminiscence de certains détails ou épisodes peut être douloureuse voire insupportable pour les proches. Le reporter doit le prendre en compte.

De même, une attention particulière devrait être portée au choix des photos du défunt. On évitera les images ridicules ou dégradantes. Et on n’utilisera des clichés privés issus des "albums de famille" ou des réseaux sociaux qu’avec l’accord formel et éclairé des personnes concernées.

Faut-il montrer la mort, par exemple les corps des victimes d’accidents de la route ou de drames ? C’est une question récurrente des débats avec le public. Il faut refuser les images chocs, obscènes, qui flattent un voyeurisme malsain. Au-delà, il ne peut y avoir de réponse générique. Cela se décide au cas par cas, selon l’intérêt informatif, après débat et jamais individuellement, en fonction du public, des choix éditoriaux, de la culture du média concerné.

A noter enfin que la représentation d’une personnalité sur son lit de mort n’est pas acceptée de la même façon selon les lieux et les époques. Si, dans la tradition des peintures ou moulages des grands hommes après leur décès, Le Figaro en 1885 pouvait publier en première page une grande photo de Victor Hugo sur son lit de mort, l’hebdomadaire Paris Match a été condamné en 1996 à 100 000 francs d’amende (15000 €) pour celle de François Mitterrand décédé.

Pierre Ganz.

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